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Le client a parlé (et en général, le client a toujours raison). Edito

Invité récemment de La Grande Interview Europe 1-CNEWS, Dominique Schelcher, le patron de Coopérative U, rappelait que l’approvisionnement dépend de la capacité à faire circuler les marchandises. Et l’on sent bien que, dans la grande distribution, et pour un grand patron, ce n’est pas exactement le genre de sujet que l’on évoque pour meubler une matinale grand public.

Quand un distributeur explique que la belle mécanique du quotidien tient aussi à la disponibilité des camions, cela veut dire une chose assez simple : quelque part entre l’entrepôt, le magasin et le consommateur, le camion redevient visible. C’est fou de ne rendre compte des choses que quand elles ne sont plus si évidentes…

Parce que, tant que tout fonctionne, le transport routier fait partie du décor, au point d’en devenir invisible. Les rayons sont remplis, les produits frais arrivent, les drives sont servis, les chantiers reçoivent leurs matériaux, les usines leurs pièces, les hôpitaux leurs approvisionnements. Tout cela « roule ».

Jusqu’au jour où l’on découvre que rien ne circule sans organisation, sans conducteurs, sans exploitants, sans camions, sans horaires souvent impossibles et sans cette capacité à faire tenir les nombreuses exigences dans un planning. Et ajoutons-y : sans entreprises de transport économiquement solides.

On peut toujours parler de supply chain avec l’air savant de celui qui a lu trois notes dites stratégiques et vu passer un schéma en flèches (ça se voit que je suis énervée ?). Mais derrière les mots élégants, et les posts à la LinkedTruc, il y a surtout des femmes et des hommes qui organisent et effectuent tout l’acheminement. La logistique, ce n’est pas « Abracadabra, le colis apparaît ! Magie ! ». C’est une mécanique précise, exigeante, voire même héroïque, et qui a cette particularité : mieux elle fonctionne, moins on la voit.

C’est là que l’affaire devient intéressante. Lorsque les transporteurs expliquent qu’ils sont indispensables, certains entendent un discours de branche, un plaidoyer professionnel, bref « encore les transporteurs qui parlent transport ». Mais quand c’est le patron d’un grand réseau de distribution qui rappelle publiquement que l’approvisionnement dépend aussi de la capacité à faire circuler les marchandises, on change de catégorie. Ce n’est plus seulement la profession qui fait son lobbying. C’est le client qui confirme

D’autant qu’en sous-entendant que, peut-être, l’offre de transport se raréfie, une autre logique se met en place où le « juste prix du transport » reprend la corde.

Savourons ce moment à sa juste valeur. Des années à rappeler que le camion n’est pas une variable d’ajustement, qu’il n’apparaît pas par génération spontanée au quai d’un entrepôt, qu’il ne suffit pas de cliquer sur « livrer demain » pour faire surgir un conducteur, un véhicule, un itinéraire et un créneau disponible. Autant d’années à rappeler aussi que le transport n’est jamais « gratuit ».

Quand un représentant d’un secteur client vient le rappeler, simplement, publiquement, cela vaut toutes les campagnes de communication. Si c’est lui qui le dit, il a donc forcément raison.

Le transport routier de marchandises ne doit pas être considéré comme une « commodité » (au sens anglo-saxon). Il n’est pas le dernier maillon dont on se souvient une fois que tout le reste a été négocié, vendu, commandé et promis. Il est une promesse. Une promesse faite aux clients, aux consommateurs, aux industriels, aux territoires. Sans lui, le commerce reste une intention, la logistique un schéma, la disponibilité un slogan, et la satisfaction client… un titre de présentation Powerbidule.

Florence Berthelot